par Dan Peleschuk et Tom Balmforth
Le recours de l'Ukraine à des drones à moyenne portée, ciblant les défenses aériennes et la logistique russes à des dizaines de kilomètres derrière les lignes de front, perturbe les avancées des troupes de Moscou sur le champ de bataille.
Selon des responsables ukrainiens, davantage de ressources ont été consacrées ces derniers mois aux "frappes à moyenne portée", qui se situent généralement entre 30 et 180 kilomètres derrière les lignes de front.
Grâce à cette tactique, l’Ukraine a pu détruire ou endommager des radars russes, des défenses aériennes à courte et moyenne portée, des infrastructures de communication, des installations logistiques et de gros véhicules militaires en "profondeur opérationnelle", selon les responsables.
Les installations pétrolières russes sont également des cibles privilégiées, les drones d'attaque à longue portée pouvant se glisser à travers les défenses russes, a relevé Robert Brovdi, commandant des Forces de systèmes sans pilote ukrainiennes.
"Le rôle des frappes à moyenne portée est actuellement décisif", a-t-il déclaré à Reuters dans un message vocal.
Pour les analystes en matière de défense, ces attaques ne peuvent toutefois à elles seules renverser la situation face à la Russie, qui continue de progresser lentement. Ils soulignent toutefois que ces drones ont un impact important dans le conflit et que la dynamique pourrait être en train de changer.
Le mois dernier, la Russie a réduit sa production de pétrole en raison de ces attaques contre des ports et des raffineries, et les approvisionnements en pétrole brut vers l’Europe via le seul oléoduc russe restant ont été interrompus.
Ces offensives ont également contribué à doper le moral des Ukrainiens après un hiver âpre marqué par les attaques russes contre les infrastructures stratégiques du pays.
INTENSIFICATION DES EFFORTS
Le président ukrainien Volodimir Zelensky a déclaré ce mois-ci que le nombre de "frappes à moyenne portée" avait doublé par rapport à mars et quadruplé depuis février.
"Kousto", un commandant de terrain du 7e bataillon de la 414e brigade indépendante de systèmes sans pilote de Robert Brovdi, explique que les capacités de frappes à moyenne portée de l'Ukraine se sont considérablement développées depuis l'automne.
"Nous avons intensifié nos efforts, augmenté le nombre d’équipages et élargi le nombre de systèmes utilisés. Il y a également une plus grande diversité dans les plateformes disponibles", a-t-il dit à Reuters dans des commentaires écrits.
Kousto a indiqué que son unité se concentrait principalement sur des cibles situées jusqu’à 100 km de la ligne de front.
Il a précisé que les installations radar russes et les systèmes de défense aérienne tels que le "Buk", le Tor et le Pantsir constituaient les cibles prioritaires - les autres cibles principales étant les gros véhicules et les moyens logistiques.
"L’appareil vole généralement à environ 150 kilomètres du point de lancement, puis commence à rechercher des cibles dans la zone désignée", a-t-il décrit.
Kousto a dit que les drones de "frappe à moyenne portée" les plus fréquemment utilisés par son unité étaient les "Chaklun V", de fabrication nationale, suivis des B-2.
Robert Brovdi a déclaré que le pilotage manuel, plutôt que le guidage par coordonnées, permettait une meilleure précision. En général, pas plus de trois drones sont utilisés pour chaque destruction confirmée d'une cible, a-t-il précisé.
Ses unités ont détruit au moins 129 systèmes de défense aérienne cette année dans les zones occupées par la Russie, a-t-il déclaré. Reuters n’a pu vérifier ce chiffre de manière indépendante.
L'Ukraine a mené de multiples frappes contre des installations pétrolières dans la ville portuaire russe de Touapsé, sur la mer Noire. Robert Brovdi a déclaré vendredi que ses forces avaient frappé la raffinerie de pétrole de Riazan, l'une des plus grandes de Russie.
Les attaques ukrainiennes ont également contraint à la suspension des opérations à Norsi, la quatrième plus grande raffinerie de pétrole de Russie, ainsi qu’à Perm, à environ 1.500 kilomètres de la frontière russo-ukrainienne.
ÉTENDRE LA LOGISTIQUE
Ces frappes en profondeur ont permis davantage d’attaques à moyenne portée en contraignant la Russie à redéployer ses défenses aériennes loin des lignes de front, relève Justin Bronk, chercheur au Royal United Services Institute de Londres.
Cela permet aux forces ukrainiennes de frapper des cibles situées au-delà de la portée de l'artillerie ou des drones à pilotage en immersion (FPV), telles que des dépôts de munitions et de carburant ou des postes de commandement.
En avril, les forces ukrainiennes ont mené plus de 160 frappes à moyenne portée, à une distance de 120 à 150 kilomètres, a indiqué le ministère de la Défense.
De telles attaques entravent les opérations russes sur le terrain en allongeant la distance entre les troupes de première ligne et leurs forces de soutien, explique Illia Machyna, commandant ukrainien du 431e bataillon indépendant de systèmes aériens sans pilote.
"Plus on se replie, plus la logistique se complique", détaille le commandant, soulignant l’importance d’une planification minutieuse et d’une coordination constante pour obtenir des résultats.
L'Institute for the Study of War (Institut américain d'études de la guerre) a affirmé que les avancées russes sur le champ de bataille avaient ralenti depuis octobre, en partie à cause des frappes à moyenne portée.
Emil Kastehelmi, du groupe d’analyse des conflits Black Bird basé en Finlande, estime que les frappes à moyenne portée ne renverseront peut-être pas le cours de la guerre contre la Russie, mais qu’elles représentent un réel défi auquel les forces russes doivent s’adapter.
"Et je ne pense pas que nous ayons encore atteint le summum."
(Rédigé par Dan Peleschuk ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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